Document sans nom – suite

«le moi est différent par son unicité et non pas unique par sa différence» Emmanuel Lévinas

Coller à la peau de ce qu’on croit beau, bien, mieux, meilleur.
Fuir, fuir soi-même.
Se perdre.

Arrêter.

Assumer : son identité, son unicité, ses contradictions, ses erreurs, sa haine et son amour.
Accepter, de ne pas être ce que les autres attendent de nous, de décevoir, de se tromper, d’être mise à nue ou ignorée.

Assumer, accepter, puis dépasser la dialectique manichéenne : aller au-delà.
De soi.
Des mots.
Des discours.
Du « au jour le jour ».
Transcender ses faiblesses, travailler à articuler la multiplicité des contradictions avec la définition d’une identité personnelle. Il n’y a rien de chaotique dans l’absence de rectitude.
Travailler à articuler l’idiosyncrasie de son individualité avec l’histoire collective. Développer son potentiel créatif sans faire de pastiche.

Outrepasser les conflits ponctuels conformistes et les règles du jeu fixées à l’avance, militer pour la simplicité volontaire et l’appel poétique extralégal.

Vivre, créer, crier le bel Aujourd’hui.

Document sans nom

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Je suis sans nom, mutant au gré de ceux qui m’entourent et qui existent. Je suis ce que les autres font de moi. Je suis une ombre, une chimère, un nuage transbahuté par la brise, par le blizzard, la tramontane, le zéphyr, l’alizé ou le mistral. Je suis ce que tu veux, jusqu’à l’implosion. Si de l’extérieur seul transparaît une claustration profonde et nébuleuse, au dedans la tempête fait rage.

Je suis sans nom, parce que mon identité n’est pas valable, parce que mon identité est insoutenable, impraticable, irrécupérable. Mon identité est un secret. Pour quelques uns elle s’ouvre comme une fleur et laisse apparaître ses pétales, mais le cœur à peine naissant est déjà flétri.

Les autres portent un nom. Il y a ceux qui aiment le dire à tout va, ceux qui le divulguent peu à peu, ceux qui le chuchotent. Ils le portent, le transportent avec eux, le sèment et échangent avec les autres, ces autres qui portent eux aussi un nom, le clament, le réclament, le répètent sans cesse et ce sont ceux-là pour qui je n’ai pas de nom. Je n’ai pas de nom parce que je ne sais pas me nommer : c’est un cercle vicieux sans issue. S’échapper de l’innommabalité de son propre nom est un labeur inextricable.

Je suis un débris de rien parsemé dans le grand Tout avec des milliards d’autres. Certains voient peut-être dans ces bouts de rien les morceaux d’un système logique, je n’y vois que des rebuts. Comment changer la donne ? J’ai essayé, je m’efforce et je m’évertuerai à dompter ce qui me consume, mais lorsque les forces me quittent, tout retourne au néant.

J’ai perdu le nom, mon nom et celui des choses que j’aimais. J’ai perdu le signifiant et le signifié, au même moment. En l’espace d’un instant, tout a volé en éclat.