Plus jamais ça (Première partie)

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Voilà bien longtemps que j’ai envie d’aborder le sujet, qu’il tourne et retourne dans ma tête sans prendre consistance, et qui, aux vues des événements récents, s’est fait de plus en plus concret dans ma petite caboche.

Cela fait un bout de temps que je suis féministe, c’est une idéologie qui m’a beaucoup aidée à surpasser des relations de dominations quotidiennes que j’ai subi, qui m’a aidée à m’affirmer, qui m’a aidée à mieux vivre mes relations avec les hommes. Et puis je m’en suis séparée du féministe, pas qu’il y ait eu une rupture ou quoi que ce soit, mais parce qu’après la théorie, vient la pratique, et il est parfois nécessaire de se détacher un peu des beaux discours utopiques pour voir notre résistance au quotidien. J’ai continué à m’y intéresser de loin, à prêcher les vertus du féminisme. J’ai aussi perdu beaucoup d’innocence, beaucoup d’ingénuité, c’est le sort de ceux qui acceptent de regarder la réalité : l’ignorant est le plus heureux des hommes – l’ignorante est la plus heureuse des femmes. Bienheureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière. Hahaha.

Et puis au fur et à mesure du temps qui passe (que dis-je, qui vole), j’ai oublié de plus en plus la théorie, et aujourd’hui, je ressens plus que jamais le besoin de théoriser ce que j’ai vécu, pour pouvoir le dépasser, pour ne pas me laisser rouler dans la boue mais faire de mon expérience une arme de destruction massive de tous ces comportements que je ne veux plus jamais accepter.

Posons les bases : je suis une personne à l’aise avec son corps, qui aime les expériences et qui aime le sexe. J’estime que j’ai vécu un panel de relations assez large, avec un net changement de avant-après ma prise de conscience féministe. Parce que quand on décide de s’écouter, d’écouter ses désirs, de faire du sexe parce que ça nous fait plaisir et non pas pour faire plaisir, ça change beaucoup de choses. Essentiellement, je dirais que le féminisme a changé ça. Le rapport à mon propre désir, à mon propre plaisir, ma capacité à décider pour moi. Au moment de cette prise de conscience féministe, je vivais une relation qui m’a beaucoup aidée à aller de l’avant : une relation amicale avant tout, basée sur la confiance et l’écoute, surtout. Pouvoir tout se dire, ne pas laisser les non-dits ou les malentendus s’immiscer dans le couple, oser dire non, et parler, parler, de nos craintes, de nos envies, de nos peurs, de nos rires, avec comme unique règle l’honnêteté et le respect de l’autre. Cette belle relation s’est terminée, mais cette rupture, au lieu de m’attrister, m’a permis d’aller de l’avant avec ces bases toutes neuves, toutes belles. J’ai rencontré quelques amoureux sur ce chemin naissant, avec qui j’ai pu recréer cette confiance saine. J’ai rencontré mon amoureux aussi, avec qui nous construisons chaque jour notre histoire, pierre après pierre, relevant toutes les difficultés par notre capacité à dire, à se dire, par notre capacité à ne pas avoir peur de tout dire, de tout entendre. Et même si ce n’est pas tous les jours facile, ce nouveau chemin me permet de me sentir plus libre, plus en adéquation avec moi-même. Et pourtant…

…A suivre…

Lâchez tout

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Lâchez tout. Lâchez Dada.
Lâchez votre [mari], lâchez votre [amant].
Lâchez vos espérances et vos craintes.
Semez vos enfants au coin d’un bois.
Lâchez la proie pour l’ombre.
Lâchez au besoin une vie aisée,
Ce qu’on vous donne pour une situation d’avenir.
Partez sur les routes.

André Breton, Littérature, 1er avril 1922

La philosophie du pire

 

philosophie du pire

Vous connaissez la philosophie du pire ? Non ? Moi non plus, peut-être que ce concept existe et qu’il signifie quelque chose de tout à fait différent de ce que je m’apprête à avancer. Mais je trouvais que ce nom collait bien avec ce que je vous propose aujourd’hui.

Imaginons. Imaginons une personne lambda, que, pour des raisons de commodités, nous désignerons par le doux nom de K. Disons que K. est d’humeur relativement stable, plutôt jeune, plutôt épanouie. Disons que K. habite avec d’autres individu-e-s, avec qui elle cohabite sans problème majeur.

Bien. A présent, imaginons que K. ait passé une mauvaise nuit. Le réveil est difficile, le corps tire, la tête fait mal, l’humeur est douteuse. Incontestablement, le sommeil n’a pas été réparateur.

A partir de ce fâcheux commencement, supposons deux scénarios :

  1. K. se lève difficilement, mais par chance, en arrivant dans la cuisine, ses colocataires, debout avant elle, ont préparé le petit déjeuner. Au menu : café, jus d’orange maison, tartines de pain frais. Après un bon repas, K. se sent déjà mieux, et une bonne et longue douche chaude achève de la réveiller. Ça tombe bien, K. a prévu d’aller faire du sport avec une amie. Piscine, sauna, hammam, le programme idéal après une mauvaise nuit de sommeil, qui plus est accompagnée d’une amie de confiance, qui la fait rire et lui fait oublier les derniers petits résidus de ce mauvais moment matinal. K. est de nouveau égale à elle-même et le réveil difficile quelques heures plus tôt n’est déjà plus qu’un mauvais souvenir.

  1. K. se lève difficilement et à peine debout, son pied heurte le pied du lit. Alors qu’elle s’égosille de douleur, la voisine du dessus, cette mégère, lui crie de la fermer. En boitillant, elle rejoint la cuisine. Par malchance, ses colocataires, debout avant elle, ont terminé le dernier paquet de café et il n’y a plus de pain. A ce moment-là, sa coloc lunatique, qui est dans un mauvais jour, entre dans la cuisine, passe sans la regarder, et ne daigne pas répondre à son bonjour. Notre protagoniste, un peu dépitée, ne renonce pas pour autant et se figure qu’une longue douche chaude sera d’un bon secours. Mais pas de chance, le chauffe-eau était vide, et K. est obligée de se laver en vitesse car l’eau est glaciale. Une fois lavée, tant bien que mal, son téléphone sonne. Son amie a un contre-temps et appelle pour annuler leur séance de sport du jour.

Vous voyez où je veux en venir ? Vous savez, le fameux proverbe qui dit qu’un malheur n’arrive jamais seul ?

Aujourd’hui, c’est dimanche et je suis dans un jour « pire », tout va de travers, rien ne fonctionne comme je voudrais, j’ai envie de me rouler dans ma couette et de pleurer à chaudes larmes comme quand j’étais petite, que ma maman venait me consoler et qu’un bonbon suffisait à changer la couleur de ma journée.

Mais j’ai 27 ans, l’enfance est loin, et personne ne vient plus me consoler depuis longtemps.

Heureusement, j’ai 27 ans, et j’ai un barda suffisamment conséquent pour savoir que s’il y a les jours sans, les jours où on voudrait juste retourner sous la couette et attendre que ça passe, il y a aussi les jours avec, les jours qui commencent bien et qui ne font que s’améliorer au fil de la journée, ces jours magiques où on se sent invincibles et où on a pas assez de dents pour croquer la vie.

Et surtout, surtout, il y a tous les autres jours, les jours ni avec, ni sans, les jours qui dépendent beaucoup de ce qu’on décide d’en faire, et ceux-là ce sont les meilleurs, parce qu’on prend conscience que le bonheur, c’est avant tout un état d’esprit.

Green !

Comme vous ne le savez sans doutes pas, j’ai un nouveau jouet depuis très peu, un joli Nikon Brige (le Coolpix P520, au cas où ça vous intéresserait), mon Compact avait fait son temps, comme je vous le racontais récemment dans mon article Sur les pas de Rosalía. Pour honorer sa mémoire et sa grande fidélité, j’ai ressorti du placard cette série de photo.

J’aime ces photos, car elles me rappellent un ancien chez moi lointain, où elles étaient affichées au mur… Une époque révolue, beaucoup de chemin a été parcouru depuis.
J’aime ces photos, prises entre 2008 et 2010, car je me souviens de chaque état d’esprit qui m’animait au moment de la prise de vue, de chaque endroit, de chaque moment.
J’aime ces photos, enfin, car le vert y est à l’honneur, et le vert, ça pétille. Le vert, c’est la couleur de l’espoir, la couleur de la nature, et puis, c’est la couleur de mes yeux, mon ouverture sur le monde.

Alors voilà, un article tout en photos pour colorer votre journée (ou pas, c’est vous qui voyez !)

Playlist : Nouvelle Vague – Fade to Grey (admirez la contradiction !)

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De la rectilinéarité des courbes (et vice-versa)

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Il pleut.

 

Des semaines que le bleu du ciel semblait comme encré à tout jamais, on s’habitue si vite à ce que le soleil fasse partie du décor, et puis pouf, en un rien de temps, la météo est capable de te rappeler une des leçons essentielles de la vie : rien n’est jamais acquis.

Malheureusement, la météo n’est pas seule à me donner des leçons. Ces derniers, ça a été, si je peux dire, plus que chaotique dans ma vie. La dépression qui revient en vague, la joie qui éclate, le désespoir qui me prend à la gorge, l’instant présent toujours au cœur, comme un baume contre toutes les blessures du temps qui passe et court.

En ce moment, j’ai envie de chanter à tue-tête dans la rue, j’ai envie de danser, de crier, de m’évader, j’ai envie d’aller me rouler dans les champs, de « hacer la croqueta » sans penser à rien, sauf peut-être aux crottes de chien que je pourrais rencontrer dans l’herbe (c’est fou comme vivre dans une grosse ville vous conditionne le cerveau, herbe = crotte de chien). J’ai envie d’écrire de la poésie, de faire du théâtre, de prendre des photos, d’écrire, d’écrire, d’écrire des choses belles, que les mots transcendent la page et qu’ils atteignent l’émotion juste, qu’ils touchent l’instant.

En ce moment, je suis en période d’examen, je ne chante pas (sauf sous ma douche, faut pas déconner quand même), chaque jour me trouve immobile sur ma chaise à écrire des tonterías pour valider mon semestre. Chaque jour me trouve dans la même position, qu’il pleuve, que le soleil irradie la ville, que j’ai envie de courir, de rire ou de chanter, peu importe.

Le corps immobile, la tête qui crie, mais personne pour l’écouter. J’aime apprendre, j’aime étudier, mais décidément, passer la journée assise ce n’est pas fait pour moi. Peut-être dans quelques années, peut-être dans quelques milliers d’années, là-bas, dans le futur, quand je serai fatiguée et que mon corps sera usé, alors ma tête sera mon recours, et je prendrais plaisir à exercer cette capacité incroyable de l’être humain qui, sans bouger le petit doigt, peut faire bouger tant de choses en lui. Pour l’instant, mon corps réclame le mouvement, ma tête, qui me fait mal en permanence, réclame un peu de repos, bref, tout le monde est d’accord là dedans pour dire qu’il est temps de changer radicalement le quotidien, les habitudes, les bonnes comme les mauvaises, faire table rase du passé et recommencer. Recommencer chaque fois autrement, chaque fois mieux, ou pire, mais différemment, apprendre de ses erreurs, sourire à ses réussites, et savoir que ça ne durera pas.

 

Le soleil a chassé la pluie. L’air frais du matin pénètre ma petite chambre obscure.

Playlist : The Kills – Gypsy Death and You

Sur les pas de Rosalía…

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Trois jours seulement pour visiter cette magnifique région qu’est la Galice, avec des guides hors pair… Trois jours de découvertes, de visites, de marche, de partage, de discussions. Me voici pleine d’énergie et de force pour vous raconter ces quelques instants hors du temps.

Arrivée vendredi après un voyage de 6 heures en covoiturage, qui reste le moyen le moins cher et le plus efficace de voyager en Espagne, le stop ne marchant que très peu et le train étant très cher, j’arrive à Vigo, ancienne ville industrielle au bord de l’Atlantique. A peine le temps d’avaler un café pour reprendre des forces que nous repartons en bus pour A Guarda, petite municipalité frontalière avec le Portugal. Un ami vient nous récupérer en voiture, et nous partons visiter le castro de Santa Trega, un site archéologique magnifique où l’on peut voir les restes des habitations des populations celtiques remontant à l’âge de fer. Situé au sommet d’une montagne, le site de Santa Trega donne une vue imprenable d’un côté sur le fleuve Minho, qui sépare A Guarda de la ville portugaise de Caminha ; et de l’autre sur l’Atlantique. Nous arrivons à l’heure où le soleil est bas sur l’horizon, et la lumière est incroyable.

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Nous redescendons ensuite pour nous aller visiter l’ancienne forteresse de A Guarda, dont il ne reste pas grand chose si ce n’est un joli mur de pierre, et une vue sur quelques maisons résidentielles au bord de l’Océan. Nous avons la chance d’arriver à l’heure où le soleil se couche dans une douce lumière rosée. Nous partons ensuite au centre ville, où nous apercevons la dernière procession de la semaine sainte (flippant…). Des amis nous rejoignent et nous allons boire un coup dans un petit bar en face du port. Nous reprenons la route de nuit, pour rejoindre Tomiño, une petite commune à côté de A Guarda, où vivent les ami-e-s qui nous hébergent. Nous arrivons dans une maison incroyable : spacieuse, terrasse avec vue sur le Portugal, piscine, potager bio, chambres pour tout le monde, le grand luxe ! Nous cuisinons en refaisant le monde, puis, après un succulent repas, je vais dormir du sommeil du juste, épuisée du voyage et des acrobaties cérébrales pour comprendre nos hôtes qui parlent en galicien.

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Le lendemain matin, un temps froid et nuageux nous attend, mais nous partons joyeusement randonner sur les chemins des molinos de Folón y de Picón, 70 moulins datant du XVIIe siècle, qui étaient utilisés pour faire la farine de blé, de sarrasin ou de maïs. Le site est incroyable, les moulins rénovés se découvrent au fur et à mesure du chemin, les cascades qui permettaient de faire tourner les moulins se dessinent sur un paysage incroyablement vert, entre les arbres et les pierres qui bordent le chemin. Malheureusement, la forêt a brûlé il y a quelque temps, et une grande partie du chemin est encore noir de cendres. Après cette ballade revigorante, nous rejoignons en voiture Vila Nova, première ville portugaise à la frontière. Nous nous promenons dans une ville animée en ce samedi après-midi, et nous achetons quelques victuailles dans un petit marché : olives, pâtisseries traditionnels, boules de pain blanc à 40 centimes pièce (!) … Nous rentrons ensuite chez nos hôtes pour déjeuner les produits du marché et du jardin : salade de roquette, laitue et feuilles de moutarde, un délice ! C’est déjà la fin de l’après-midi et nous retournons à Vigo en voiture pour aller à une présentation-débat sur le fléau des OGM en Amérique du Sud, animé par une journaliste argentine activiste dans la lutte pour la dénonciation des multinationales qui injectent les pesticides sans vergogne sur des milliers d’hectares à côté d’habitations où, depuis le début du traitement il y a 20 ans, les cancers et les maladies se sont multipliés à vitesse grand V dans la population. Trop fatigué-e-s pour continuer la soirée en ville, nous rentrons dans notre nouveau pied-à-terre à Vigo, chez les parents d’un ami. Nous cuisinons, faisons de la peinture, allons promener Toy, le chien fou, et nous nous couchons tôt, tou-te-s épuisé-e-s de fatigue.

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Le dimanche, il pleut mais nous allons malgré tout visiter un peu Vigo, dont le centre ville est à la fois très beau, regorgeant de vieux bâtiments, mais triste, car ceux-là sont abandonnés, ou livrés à la gentrification. Nous profitons que le soleil pointe le bout de son nez pour filer à la plage, ou malgré le froid, je retire mes chaussures pour profiter de la caresse du sable sous mes pieds, ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de fouler le sable de l’Atlantique !

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Ainsi se termine mon petit séjour en Galice, magnifique région où j’essayerai de retourner en Juin pour un peu plus de temps, car peut-on dire que l’on connaît la Galice quand on n’a pas vu Saint-Jacques-de-Compostelle ?

P.S. : désolée pour la qualité des lamentable des photos, mon appareil est vraiment merdique et je n’ai pas eu le temps de retravailler dessus….

Bande sonore : Ana Moura – Desfado

Art et météo

Bonjour !

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Ca y est, c’est le printemps, le mois d’avril est enfin arrivé, il fait chaud, les oiseaux chantent… on se les caille sévère et il pleut des cordes depuis ce matin. J’ai bien fait de partir en Espagne tiens.
Pour ne pas déprimer devant la morosité de la météo de la semaine, je me suis dit qu’à défaut de trouver du beau en regardant par ma fenêtre, j’allais en trouver dedans.
Voilà donc pour vous une sélection de photographies d’une jeune artiste de 20 ans très talentueuse, Rachel Baran.

Belle journée !

Heureux hasard

Pour commencer cette anecdote palpitante digne des plus grands films d’aventures, commençons par le début : voilà bientôt 8 mois que je vis dans une petite maison à Madrid, avec 3 autres cohabitants. Cette jolie petite maison a connu de nombreuses collocations avant la nôtre, et dans chaque pièce perdurent les résidus de quelques âmes passées par ici avant nous… Notamment cette affiche, sur le mur de la cuisine, qui intrigue les ami-e-s de passage et autres visiteurs épisodiques. Une des anciennes cohabitantes l’a ramenée d’un passage en Croatie, et autant le dessin intriguant que l’écriture énigmatique reste un mystère pour les non croatophones que nous sommes. Comme une bonne image vaut toujours mieux qu’un long discours, jugez plutôt par vous même.

Jama
Et puis un jour, alors qu’on discutait dans la cuisine, ma colloc m’avoue sur le ton de la plaisanterie qu’elle a toujours eu peur que ce soit une affiche qui prône le nationalisme, le fascisme ou autre horreur du même genre. Je ris à moitié tout en pensant qu’au fond elle a peut-être raison et qu’on aurait l’air bien bête si un quidam croatophone passait par là et que son hypothèse s’avérait exacte. Un peu comme le mec qui se fait tatouer « courage » sur la cheville en idéogramme chinois avant d’apprendre quelques années plus tard que le tatoueur, aussi ignorant du mandarin que lui, a en fait écrit « carotte ». Bref, ce genre de choses arrivent mais on préfère toujours quand ça arrive aux autres.

C’est donc hier matin en buvant mon café que j’ai pris conscience de la magie de notre monde moderne, qui nous permet de pénétrer les mystères de ce charabia : merci les traducteurs en ligne ! Et là, oh merveille, je découvre que c’est en fait un poème en double tercets écrit en 1942 par Ivan Goran Kovačić, poète croate exécuté en 1943 comme partisan yougoslave. Dans ce poème prémonitoire, il parle avec une magnifique clairvoyance de la violence qui s’annonce. Ce fut le premier pas d’une chasse au trésor haletante sur le web pour tenter de trouver une traduction satisfaisante du poème, car comme chacun sait, les traducteurs en ligne, s’ils ont l’avantage de donner une idée du contenu, sont plus que mauvais lorsqu’il s’agit de restituer le sens et la poétique d’un texte.
Sans plus attendre, je vous livre donc la traduction française de ce poème d’une intensité insoutenable, qui décrit avec justesse l’indescriptible horreur de la guerre :

Fosse commune – Jama

Le sang est ma clarté, le sang est ma ténèbre
Avec la vue radieuse ils m’ont arraché
Des fosses nues des yeux ma bienheureuse nuit,
D’un feu furieux les gouttes du jour allument
Au fond de mon cerveau l’iris ensanglanté.
Dans le creux de ma main mes yeux se sont éteints.

En eux certainement palpitaient les oiseaux
Quand le ciel doucement soudain se renversa
Et j’ai senti mon visage aspergé de sang
Se noyer avec l’azur du ciel dans l’iris,
Sur ma paume les yeux jubilaient au soleil
Incapables de laisser couler mes sanglots

Chaudes et massives gouttes déferlèrent
A travers mes doigts le bourreau les découvrit
Dans l’amère douceur des orbites béantes
En extase il planta le couteau dans mon cou :
Et moi la caresse de ce sang me saisit
Et j’éprouvais les gouttes comme autant de larmes.

FAILS de Com’ : campagne des municipales 2014

Petit fou rire du dimanche matin, encore lovée sous la couette. Quand les candidats aux municipales foirent leur campagne et que les réseaux sociaux ne les loupent pas… Du bonheur à l’état pur, à consommer sans modération, et si vous n’êtes pas encore convaincu-e-s, regardez cette petite perle :

faire plus avec moins
 
>>>> FAILS – Photoshop, slogans bizarres et clips angoissants…
Le meilleur et le pire de la campagne des municipales <<<<

Beau dimanche à vous !

Printemps VS relous

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Quand on a envie de crier et que rien ne sort, reste l’écriture… L’écriture amie, l’écriture refuge. Les mots pour pousser un coup de gueule, parce que j’explose intérieurement. Depuis quelques jours, c’est le printemps à Madrid. Les oiseaux gazouillent, l’odeur des fleurs pénètrent la douceur des fins de journées, chaque déplacement semble embelli par les rayons du soleil.

Le paradis me direz-vous ?

Ca pourrait l’être, mais malheureusement j’ai trouvé plus insistants que les moustiques qui viennent chanter leur rengaine aiguë à mes oreilles, plus collants que les premières mouches de la saison, plus étouffants que la chaleur du soleil un plein août à midi… Mesdames et messieurs, je vous présente… Les relous pervers ! Oui, parce que le retour des beaux jours, c’est aussi le retour, il faut croire, de tous les lourdingues qui, aux premiers signes du printemps, retrouvent leur instant animal de copulation, et tels des pigeons faisant la cour à madame pigeon ; ils déboulent sans qu’on s’y attende de tous les coins des rues madrilènes pour venir roucouler leurs conneries à nos oreilles. Et ce premier vendredi de printemps, qui s’annonçait si agréable, s’est transformé en une course contre la montre pour atteindre mon appart’ pour m’échapper de leurs tentatives de drague intempestives alors que je voulais juste boire un coup tranquille avec des amiEs. Mais non, apparemment, quand tu es une fille jeune et pas trop moche, t’as pas le droit à cette tranquillité au soleil. T’as pas le droit d’avoir juste envie de marcher tranquille dans la rue. Et ces agressions subtiles et répétées, je veux dire, l’agression est à peine perceptible tant les mots sont enrobés de sucre glace et de mièvreries, m’ont juste fait rentrer plus vite chez moi en rageant d’être du sexe féminin, en rageant sur ce monde de merde où tant de personnes de la gent masculine sont incapables de comprendre que NON ça ne nous fait pas plaisir d’être coupées dans une conversation pour se faire traiter de « bonita » ou de « guapa », que NON ça ne nous fait pas plaisir de perdre notre temps à expliquer où se situe telle rue pendant qu’on se fait passer au scanner de la tête au pied, et que NON ça ne nous fait pas plaisir de changer de trottoir et de mettre son lecteur mp3 à fond pour ne pas entendre les commentaires fait à notre égard. Ces moments-là me rendent phobique, je me sens déchirée : mon envie et mon désir de sortir, de profiter, d’investir la rue sont contrariés par quelques pauvres mecs qui croient que je suis de la viande fraîche et qui me refusent le droit à la tranquillité dans les espaces publics. Je me sens contrainte à rentrer chez moi et à m’enfermer alors que je n’en ai pas envie, juste pour me sentir en sécurité, là où je sais qu’aucun de ces cons ne pourra mettre les pieds. Je suis en colère, contre tous les mecs qui se permettent de ruiner ainsi le bien être et la tranquillité des autres, mais je suis aussi en colère contre moi-même, contre mon incapacité à réagir à toutes ces agressions et à me sentir salie alors que BORDEL, je voulais juste profiter d’une belle journée au soleil.