Le bel an

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Ville nouvelle, perdition, émerveillement.

Dans x mois : cette langue sera intelligible, ces rues seront les miennes ?

Contempler l’éphémérité de la nouveauté et l’embrasser.

Opportunité de liquider le passif passé et forger une perfide falsification à l’âme torturée.

Perdre moins de temps à sonder les bas fonds de mon esprit, passer plus de temps à transformer.

A traduire.

A comprendre.

A écrire.

A jouer.

Avec les mots.

Avec la vie.

Avec.

Nos villes sont toutes petites vues d’en haut. Vanité envolée au premier bruissement d’ailes, dans le vide de la vie souffle le vent d’une liberté saine et sauvée.

Laissez-moi voir la vie en rose, ne garder le noir que pour quand je vois rouge. Épargnez-moi le supplice de l’indifférence.

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14-11-15, J+1

 Choc.

Routine entravée. Contrariée.

Une ville se réveille, rien ne sera plus tout à fait pareil.

Le jour suivant. Un (dé)goût de feu et de sang.

Irréelle barbarie : Ankara, Beyrouth, Paris. Tant d’autres aussi.

Avoir l’horreur dans la peau, mais refuser de brandir des drapeaux. Refuser l’amalgame, les jugements bas de gamme.

Pleurer. Frissonner. Se révolter.

Ne pas s’indigner qu’une fois l’horreur passée, au gré des messages télévisés.

Ouvrir les yeux sur l’horreur ordinaire, et lutter pour la faire taire.

Regarder vers demain, car la suite de l’Histoire est entre nos mains.

Cyclique

Le ciel si peu las sous nos pas. Un ciel éclatant, étincelant, brûlant, brillant.

Tu étais près de moi, et nous marchions main dans la main sous un ciel inlassablement bleu.

Et puis, insidieusement, la nature a revêtu son manteau automnal.

Le ciel si las sous mes pas. Un ciel morose, morne, maussade.

Je marche seule sous le ciel de novembre, le regard suspendu à ton image diaprée, qu’accentuent les couleurs flamboyantes de la saison.

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Document sans nom – suite

«le moi est différent par son unicité et non pas unique par sa différence» Emmanuel Lévinas

Coller à la peau de ce qu’on croit beau, bien, mieux, meilleur.
Fuir, fuir soi-même.
Se perdre.

Arrêter.

Assumer : son identité, son unicité, ses contradictions, ses erreurs, sa haine et son amour.
Accepter, de ne pas être ce que les autres attendent de nous, de décevoir, de se tromper, d’être mise à nue ou ignorée.

Assumer, accepter, puis dépasser la dialectique manichéenne : aller au-delà.
De soi.
Des mots.
Des discours.
Du « au jour le jour ».
Transcender ses faiblesses, travailler à articuler la multiplicité des contradictions avec la définition d’une identité personnelle. Il n’y a rien de chaotique dans l’absence de rectitude.
Travailler à articuler l’idiosyncrasie de son individualité avec l’histoire collective. Développer son potentiel créatif sans faire de pastiche.

Outrepasser les conflits ponctuels conformistes et les règles du jeu fixées à l’avance, militer pour la simplicité volontaire et l’appel poétique extralégal.

Vivre, créer, crier le bel Aujourd’hui.

Document sans nom

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Je suis sans nom, mutant au gré de ceux qui m’entourent et qui existent. Je suis ce que les autres font de moi. Je suis une ombre, une chimère, un nuage transbahuté par la brise, par le blizzard, la tramontane, le zéphyr, l’alizé ou le mistral. Je suis ce que tu veux, jusqu’à l’implosion. Si de l’extérieur seul transparaît une claustration profonde et nébuleuse, au dedans la tempête fait rage.

Je suis sans nom, parce que mon identité n’est pas valable, parce que mon identité est insoutenable, impraticable, irrécupérable. Mon identité est un secret. Pour quelques uns elle s’ouvre comme une fleur et laisse apparaître ses pétales, mais le cœur à peine naissant est déjà flétri.

Les autres portent un nom. Il y a ceux qui aiment le dire à tout va, ceux qui le divulguent peu à peu, ceux qui le chuchotent. Ils le portent, le transportent avec eux, le sèment et échangent avec les autres, ces autres qui portent eux aussi un nom, le clament, le réclament, le répètent sans cesse et ce sont ceux-là pour qui je n’ai pas de nom. Je n’ai pas de nom parce que je ne sais pas me nommer : c’est un cercle vicieux sans issue. S’échapper de l’innommabalité de son propre nom est un labeur inextricable.

Je suis un débris de rien parsemé dans le grand Tout avec des milliards d’autres. Certains voient peut-être dans ces bouts de rien les morceaux d’un système logique, je n’y vois que des rebuts. Comment changer la donne ? J’ai essayé, je m’efforce et je m’évertuerai à dompter ce qui me consume, mais lorsque les forces me quittent, tout retourne au néant.

J’ai perdu le nom, mon nom et celui des choses que j’aimais. J’ai perdu le signifiant et le signifié, au même moment. En l’espace d’un instant, tout a volé en éclat.

Lâchez tout

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Lâchez tout. Lâchez Dada.
Lâchez votre [mari], lâchez votre [amant].
Lâchez vos espérances et vos craintes.
Semez vos enfants au coin d’un bois.
Lâchez la proie pour l’ombre.
Lâchez au besoin une vie aisée,
Ce qu’on vous donne pour une situation d’avenir.
Partez sur les routes.

André Breton, Littérature, 1er avril 1922

Heureux hasard

Pour commencer cette anecdote palpitante digne des plus grands films d’aventures, commençons par le début : voilà bientôt 8 mois que je vis dans une petite maison à Madrid, avec 3 autres cohabitants. Cette jolie petite maison a connu de nombreuses collocations avant la nôtre, et dans chaque pièce perdurent les résidus de quelques âmes passées par ici avant nous… Notamment cette affiche, sur le mur de la cuisine, qui intrigue les ami-e-s de passage et autres visiteurs épisodiques. Une des anciennes cohabitantes l’a ramenée d’un passage en Croatie, et autant le dessin intriguant que l’écriture énigmatique reste un mystère pour les non croatophones que nous sommes. Comme une bonne image vaut toujours mieux qu’un long discours, jugez plutôt par vous même.

Jama
Et puis un jour, alors qu’on discutait dans la cuisine, ma colloc m’avoue sur le ton de la plaisanterie qu’elle a toujours eu peur que ce soit une affiche qui prône le nationalisme, le fascisme ou autre horreur du même genre. Je ris à moitié tout en pensant qu’au fond elle a peut-être raison et qu’on aurait l’air bien bête si un quidam croatophone passait par là et que son hypothèse s’avérait exacte. Un peu comme le mec qui se fait tatouer « courage » sur la cheville en idéogramme chinois avant d’apprendre quelques années plus tard que le tatoueur, aussi ignorant du mandarin que lui, a en fait écrit « carotte ». Bref, ce genre de choses arrivent mais on préfère toujours quand ça arrive aux autres.

C’est donc hier matin en buvant mon café que j’ai pris conscience de la magie de notre monde moderne, qui nous permet de pénétrer les mystères de ce charabia : merci les traducteurs en ligne ! Et là, oh merveille, je découvre que c’est en fait un poème en double tercets écrit en 1942 par Ivan Goran Kovačić, poète croate exécuté en 1943 comme partisan yougoslave. Dans ce poème prémonitoire, il parle avec une magnifique clairvoyance de la violence qui s’annonce. Ce fut le premier pas d’une chasse au trésor haletante sur le web pour tenter de trouver une traduction satisfaisante du poème, car comme chacun sait, les traducteurs en ligne, s’ils ont l’avantage de donner une idée du contenu, sont plus que mauvais lorsqu’il s’agit de restituer le sens et la poétique d’un texte.
Sans plus attendre, je vous livre donc la traduction française de ce poème d’une intensité insoutenable, qui décrit avec justesse l’indescriptible horreur de la guerre :

Fosse commune – Jama

Le sang est ma clarté, le sang est ma ténèbre
Avec la vue radieuse ils m’ont arraché
Des fosses nues des yeux ma bienheureuse nuit,
D’un feu furieux les gouttes du jour allument
Au fond de mon cerveau l’iris ensanglanté.
Dans le creux de ma main mes yeux se sont éteints.

En eux certainement palpitaient les oiseaux
Quand le ciel doucement soudain se renversa
Et j’ai senti mon visage aspergé de sang
Se noyer avec l’azur du ciel dans l’iris,
Sur ma paume les yeux jubilaient au soleil
Incapables de laisser couler mes sanglots

Chaudes et massives gouttes déferlèrent
A travers mes doigts le bourreau les découvrit
Dans l’amère douceur des orbites béantes
En extase il planta le couteau dans mon cou :
Et moi la caresse de ce sang me saisit
Et j’éprouvais les gouttes comme autant de larmes.

Souffrance

Un cœur qui remonte dans la trachée

Une âme blessée d’un passé revenu

Un présent à nouveau perdu

Mots sentiments ressentiments entassés

Je purge ma peine au fond des erreurs

Que je n’ai pas commises

Tout arrêter assimiler ma peur

Prendre le temps d’être indécise

Mon âme vomit

Je cuve ma souffrance

Mon cœur languit

Je souffre sans nuance