Lâchez tout

magritte

 

Lâchez tout. Lâchez Dada.
Lâchez votre [mari], lâchez votre [amant].
Lâchez vos espérances et vos craintes.
Semez vos enfants au coin d’un bois.
Lâchez la proie pour l’ombre.
Lâchez au besoin une vie aisée,
Ce qu’on vous donne pour une situation d’avenir.
Partez sur les routes.

André Breton, Littérature, 1er avril 1922

La philosophie du pire

 

philosophie du pire

Vous connaissez la philosophie du pire ? Non ? Moi non plus, peut-être que ce concept existe et qu’il signifie quelque chose de tout à fait différent de ce que je m’apprête à avancer. Mais je trouvais que ce nom collait bien avec ce que je vous propose aujourd’hui.

Imaginons. Imaginons une personne lambda, que, pour des raisons de commodités, nous désignerons par le doux nom de K. Disons que K. est d’humeur relativement stable, plutôt jeune, plutôt épanouie. Disons que K. habite avec d’autres individu-e-s, avec qui elle cohabite sans problème majeur.

Bien. A présent, imaginons que K. ait passé une mauvaise nuit. Le réveil est difficile, le corps tire, la tête fait mal, l’humeur est douteuse. Incontestablement, le sommeil n’a pas été réparateur.

A partir de ce fâcheux commencement, supposons deux scénarios :

  1. K. se lève difficilement, mais par chance, en arrivant dans la cuisine, ses colocataires, debout avant elle, ont préparé le petit déjeuner. Au menu : café, jus d’orange maison, tartines de pain frais. Après un bon repas, K. se sent déjà mieux, et une bonne et longue douche chaude achève de la réveiller. Ça tombe bien, K. a prévu d’aller faire du sport avec une amie. Piscine, sauna, hammam, le programme idéal après une mauvaise nuit de sommeil, qui plus est accompagnée d’une amie de confiance, qui la fait rire et lui fait oublier les derniers petits résidus de ce mauvais moment matinal. K. est de nouveau égale à elle-même et le réveil difficile quelques heures plus tôt n’est déjà plus qu’un mauvais souvenir.

  1. K. se lève difficilement et à peine debout, son pied heurte le pied du lit. Alors qu’elle s’égosille de douleur, la voisine du dessus, cette mégère, lui crie de la fermer. En boitillant, elle rejoint la cuisine. Par malchance, ses colocataires, debout avant elle, ont terminé le dernier paquet de café et il n’y a plus de pain. A ce moment-là, sa coloc lunatique, qui est dans un mauvais jour, entre dans la cuisine, passe sans la regarder, et ne daigne pas répondre à son bonjour. Notre protagoniste, un peu dépitée, ne renonce pas pour autant et se figure qu’une longue douche chaude sera d’un bon secours. Mais pas de chance, le chauffe-eau était vide, et K. est obligée de se laver en vitesse car l’eau est glaciale. Une fois lavée, tant bien que mal, son téléphone sonne. Son amie a un contre-temps et appelle pour annuler leur séance de sport du jour.

Vous voyez où je veux en venir ? Vous savez, le fameux proverbe qui dit qu’un malheur n’arrive jamais seul ?

Aujourd’hui, c’est dimanche et je suis dans un jour « pire », tout va de travers, rien ne fonctionne comme je voudrais, j’ai envie de me rouler dans ma couette et de pleurer à chaudes larmes comme quand j’étais petite, que ma maman venait me consoler et qu’un bonbon suffisait à changer la couleur de ma journée.

Mais j’ai 27 ans, l’enfance est loin, et personne ne vient plus me consoler depuis longtemps.

Heureusement, j’ai 27 ans, et j’ai un barda suffisamment conséquent pour savoir que s’il y a les jours sans, les jours où on voudrait juste retourner sous la couette et attendre que ça passe, il y a aussi les jours avec, les jours qui commencent bien et qui ne font que s’améliorer au fil de la journée, ces jours magiques où on se sent invincibles et où on a pas assez de dents pour croquer la vie.

Et surtout, surtout, il y a tous les autres jours, les jours ni avec, ni sans, les jours qui dépendent beaucoup de ce qu’on décide d’en faire, et ceux-là ce sont les meilleurs, parce qu’on prend conscience que le bonheur, c’est avant tout un état d’esprit.

Green !

Comme vous ne le savez sans doutes pas, j’ai un nouveau jouet depuis très peu, un joli Nikon Brige (le Coolpix P520, au cas où ça vous intéresserait), mon Compact avait fait son temps, comme je vous le racontais récemment dans mon article Sur les pas de Rosalía. Pour honorer sa mémoire et sa grande fidélité, j’ai ressorti du placard cette série de photo.

J’aime ces photos, car elles me rappellent un ancien chez moi lointain, où elles étaient affichées au mur… Une époque révolue, beaucoup de chemin a été parcouru depuis.
J’aime ces photos, prises entre 2008 et 2010, car je me souviens de chaque état d’esprit qui m’animait au moment de la prise de vue, de chaque endroit, de chaque moment.
J’aime ces photos, enfin, car le vert y est à l’honneur, et le vert, ça pétille. Le vert, c’est la couleur de l’espoir, la couleur de la nature, et puis, c’est la couleur de mes yeux, mon ouverture sur le monde.

Alors voilà, un article tout en photos pour colorer votre journée (ou pas, c’est vous qui voyez !)

Playlist : Nouvelle Vague – Fade to Grey (admirez la contradiction !)

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De la rectilinéarité des courbes (et vice-versa)

rectiligne

 

Il pleut.

 

Des semaines que le bleu du ciel semblait comme encré à tout jamais, on s’habitue si vite à ce que le soleil fasse partie du décor, et puis pouf, en un rien de temps, la météo est capable de te rappeler une des leçons essentielles de la vie : rien n’est jamais acquis.

Malheureusement, la météo n’est pas seule à me donner des leçons. Ces derniers, ça a été, si je peux dire, plus que chaotique dans ma vie. La dépression qui revient en vague, la joie qui éclate, le désespoir qui me prend à la gorge, l’instant présent toujours au cœur, comme un baume contre toutes les blessures du temps qui passe et court.

En ce moment, j’ai envie de chanter à tue-tête dans la rue, j’ai envie de danser, de crier, de m’évader, j’ai envie d’aller me rouler dans les champs, de « hacer la croqueta » sans penser à rien, sauf peut-être aux crottes de chien que je pourrais rencontrer dans l’herbe (c’est fou comme vivre dans une grosse ville vous conditionne le cerveau, herbe = crotte de chien). J’ai envie d’écrire de la poésie, de faire du théâtre, de prendre des photos, d’écrire, d’écrire, d’écrire des choses belles, que les mots transcendent la page et qu’ils atteignent l’émotion juste, qu’ils touchent l’instant.

En ce moment, je suis en période d’examen, je ne chante pas (sauf sous ma douche, faut pas déconner quand même), chaque jour me trouve immobile sur ma chaise à écrire des tonterías pour valider mon semestre. Chaque jour me trouve dans la même position, qu’il pleuve, que le soleil irradie la ville, que j’ai envie de courir, de rire ou de chanter, peu importe.

Le corps immobile, la tête qui crie, mais personne pour l’écouter. J’aime apprendre, j’aime étudier, mais décidément, passer la journée assise ce n’est pas fait pour moi. Peut-être dans quelques années, peut-être dans quelques milliers d’années, là-bas, dans le futur, quand je serai fatiguée et que mon corps sera usé, alors ma tête sera mon recours, et je prendrais plaisir à exercer cette capacité incroyable de l’être humain qui, sans bouger le petit doigt, peut faire bouger tant de choses en lui. Pour l’instant, mon corps réclame le mouvement, ma tête, qui me fait mal en permanence, réclame un peu de repos, bref, tout le monde est d’accord là dedans pour dire qu’il est temps de changer radicalement le quotidien, les habitudes, les bonnes comme les mauvaises, faire table rase du passé et recommencer. Recommencer chaque fois autrement, chaque fois mieux, ou pire, mais différemment, apprendre de ses erreurs, sourire à ses réussites, et savoir que ça ne durera pas.

 

Le soleil a chassé la pluie. L’air frais du matin pénètre ma petite chambre obscure.

Playlist : The Kills – Gypsy Death and You