Heureux hasard

Pour commencer cette anecdote palpitante digne des plus grands films d’aventures, commençons par le début : voilà bientôt 8 mois que je vis dans une petite maison à Madrid, avec 3 autres cohabitants. Cette jolie petite maison a connu de nombreuses collocations avant la nôtre, et dans chaque pièce perdurent les résidus de quelques âmes passées par ici avant nous… Notamment cette affiche, sur le mur de la cuisine, qui intrigue les ami-e-s de passage et autres visiteurs épisodiques. Une des anciennes cohabitantes l’a ramenée d’un passage en Croatie, et autant le dessin intriguant que l’écriture énigmatique reste un mystère pour les non croatophones que nous sommes. Comme une bonne image vaut toujours mieux qu’un long discours, jugez plutôt par vous même.

Jama
Et puis un jour, alors qu’on discutait dans la cuisine, ma colloc m’avoue sur le ton de la plaisanterie qu’elle a toujours eu peur que ce soit une affiche qui prône le nationalisme, le fascisme ou autre horreur du même genre. Je ris à moitié tout en pensant qu’au fond elle a peut-être raison et qu’on aurait l’air bien bête si un quidam croatophone passait par là et que son hypothèse s’avérait exacte. Un peu comme le mec qui se fait tatouer « courage » sur la cheville en idéogramme chinois avant d’apprendre quelques années plus tard que le tatoueur, aussi ignorant du mandarin que lui, a en fait écrit « carotte ». Bref, ce genre de choses arrivent mais on préfère toujours quand ça arrive aux autres.

C’est donc hier matin en buvant mon café que j’ai pris conscience de la magie de notre monde moderne, qui nous permet de pénétrer les mystères de ce charabia : merci les traducteurs en ligne ! Et là, oh merveille, je découvre que c’est en fait un poème en double tercets écrit en 1942 par Ivan Goran Kovačić, poète croate exécuté en 1943 comme partisan yougoslave. Dans ce poème prémonitoire, il parle avec une magnifique clairvoyance de la violence qui s’annonce. Ce fut le premier pas d’une chasse au trésor haletante sur le web pour tenter de trouver une traduction satisfaisante du poème, car comme chacun sait, les traducteurs en ligne, s’ils ont l’avantage de donner une idée du contenu, sont plus que mauvais lorsqu’il s’agit de restituer le sens et la poétique d’un texte.
Sans plus attendre, je vous livre donc la traduction française de ce poème d’une intensité insoutenable, qui décrit avec justesse l’indescriptible horreur de la guerre :

Fosse commune – Jama

Le sang est ma clarté, le sang est ma ténèbre
Avec la vue radieuse ils m’ont arraché
Des fosses nues des yeux ma bienheureuse nuit,
D’un feu furieux les gouttes du jour allument
Au fond de mon cerveau l’iris ensanglanté.
Dans le creux de ma main mes yeux se sont éteints.

En eux certainement palpitaient les oiseaux
Quand le ciel doucement soudain se renversa
Et j’ai senti mon visage aspergé de sang
Se noyer avec l’azur du ciel dans l’iris,
Sur ma paume les yeux jubilaient au soleil
Incapables de laisser couler mes sanglots

Chaudes et massives gouttes déferlèrent
A travers mes doigts le bourreau les découvrit
Dans l’amère douceur des orbites béantes
En extase il planta le couteau dans mon cou :
Et moi la caresse de ce sang me saisit
Et j’éprouvais les gouttes comme autant de larmes.

FAILS de Com’ : campagne des municipales 2014

Petit fou rire du dimanche matin, encore lovée sous la couette. Quand les candidats aux municipales foirent leur campagne et que les réseaux sociaux ne les loupent pas… Du bonheur à l’état pur, à consommer sans modération, et si vous n’êtes pas encore convaincu-e-s, regardez cette petite perle :

faire plus avec moins
 
>>>> FAILS – Photoshop, slogans bizarres et clips angoissants…
Le meilleur et le pire de la campagne des municipales <<<<

Beau dimanche à vous !

Printemps VS relous

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Quand on a envie de crier et que rien ne sort, reste l’écriture… L’écriture amie, l’écriture refuge. Les mots pour pousser un coup de gueule, parce que j’explose intérieurement. Depuis quelques jours, c’est le printemps à Madrid. Les oiseaux gazouillent, l’odeur des fleurs pénètrent la douceur des fins de journées, chaque déplacement semble embelli par les rayons du soleil.

Le paradis me direz-vous ?

Ca pourrait l’être, mais malheureusement j’ai trouvé plus insistants que les moustiques qui viennent chanter leur rengaine aiguë à mes oreilles, plus collants que les premières mouches de la saison, plus étouffants que la chaleur du soleil un plein août à midi… Mesdames et messieurs, je vous présente… Les relous pervers ! Oui, parce que le retour des beaux jours, c’est aussi le retour, il faut croire, de tous les lourdingues qui, aux premiers signes du printemps, retrouvent leur instant animal de copulation, et tels des pigeons faisant la cour à madame pigeon ; ils déboulent sans qu’on s’y attende de tous les coins des rues madrilènes pour venir roucouler leurs conneries à nos oreilles. Et ce premier vendredi de printemps, qui s’annonçait si agréable, s’est transformé en une course contre la montre pour atteindre mon appart’ pour m’échapper de leurs tentatives de drague intempestives alors que je voulais juste boire un coup tranquille avec des amiEs. Mais non, apparemment, quand tu es une fille jeune et pas trop moche, t’as pas le droit à cette tranquillité au soleil. T’as pas le droit d’avoir juste envie de marcher tranquille dans la rue. Et ces agressions subtiles et répétées, je veux dire, l’agression est à peine perceptible tant les mots sont enrobés de sucre glace et de mièvreries, m’ont juste fait rentrer plus vite chez moi en rageant d’être du sexe féminin, en rageant sur ce monde de merde où tant de personnes de la gent masculine sont incapables de comprendre que NON ça ne nous fait pas plaisir d’être coupées dans une conversation pour se faire traiter de « bonita » ou de « guapa », que NON ça ne nous fait pas plaisir de perdre notre temps à expliquer où se situe telle rue pendant qu’on se fait passer au scanner de la tête au pied, et que NON ça ne nous fait pas plaisir de changer de trottoir et de mettre son lecteur mp3 à fond pour ne pas entendre les commentaires fait à notre égard. Ces moments-là me rendent phobique, je me sens déchirée : mon envie et mon désir de sortir, de profiter, d’investir la rue sont contrariés par quelques pauvres mecs qui croient que je suis de la viande fraîche et qui me refusent le droit à la tranquillité dans les espaces publics. Je me sens contrainte à rentrer chez moi et à m’enfermer alors que je n’en ai pas envie, juste pour me sentir en sécurité, là où je sais qu’aucun de ces cons ne pourra mettre les pieds. Je suis en colère, contre tous les mecs qui se permettent de ruiner ainsi le bien être et la tranquillité des autres, mais je suis aussi en colère contre moi-même, contre mon incapacité à réagir à toutes ces agressions et à me sentir salie alors que BORDEL, je voulais juste profiter d’une belle journée au soleil.