Le désir à l’épreuve du couple

Voici un texte que j’ai écrit il y a plus d’un an, mais que j’avais envie de partager avec vous, malgré toutes ses imperfections et les envies de rectifications que j’aurai envie d’y apporter.

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Hannes Kilian

 

Comment voir son corps à travers soi-même ? Comment se représente-t-on par rapport à l’autre, par rapport aux autres ? Quelle image porter de soi en tant que femme ? Corps désirant, corps désirable. Comment savoir ce que l’on veut partager avec un autre corps quand on ne connaît le sien qu’à travers ce que la société veut bien nous en renvoyer ? Comment construire ses fantasmes, en dehors des carcans des films pornographiques, de l’image de mère, de l’image de sainte, de l’image fantasmée des hommes ? Comment s’approprier son corps au milieu de toutes les pressions autour de celui-ci ?

En tant que femme, comment est-ce que je construis mon image ? Comment est-ce que je me l’approprie, sans laisser les autres me la dicter ?

Tout d’abord, l’image de moi-même dans le couple.

Ensuite, l’image de moi-même seule, célibataire, dans le désir.

Pendant de longues années, j’ai pratiqué le couple hétérosexuel. Cette relation de couple me rassurait, car elle me permettait de ne jamais me sentir seule, d’avoir quelqu’un à qui je pouvais tout demander, tout faire subir, car notre amour était inconditionnel. Beaucoup de choses ne me convenaient pas dans les relations de couple que j’ai vécu, et pourtant je réitérais à chaque fois l’expérience. Pourquoi s’infliger un couple alors même qu’on n’en a pas envie ? Je pense que la peur de la solitude est primordiale dans ce choix. Mais pourquoi nous sentons-nous tellement seuls quand nous sommes face à nous même ? La peur de la solitude ne tient pas debout, puisque toutes les fois où j’ai été en couple et que je voyais l’autre pour ne pas me sentir seule, passée la période dite de « lune de miel », c’était souvent de l’ennui, ou au mieux un bon moment passé ensemble, mais où nous n’avions pas grand chose à nous dire, où les discussions n’étaient pas très intenses. Ca arrivait tout de même, je ne veux pas noircir le tableau, mais finalement, souvent, le temps passé ensemble n’était pas très stimulant. Mais je pense que c’est une peur qui reste et qui demeure chez tous les êtres humains, cette peur de la solitude, cette peur de se retrouver face à soi-même.

Il y a aussi, c’est certain, une norme sociale qui fait qu’on se met en couple. Surtout passé un certain âge, c’est louche de ne pas être en couple. Il y a l’image de la vieille fille qui est flippante. Et puis quand la plupart de ses amis sont en couples, il y a une pression sous-entendue à se mettre en couple, un décalage dans les discussions, dans les centres d’intérêts.
Et puis, en dernier lieu, on se met aussi en couple parce qu’on est amoureux, mais je trouve ça important de ne le citer qu’en dernier, car malheureusement, je crois que c’est souvent les deux premières raisons qui l’emportent, qu’on en soit conscient ou non.

Dans tout ça, comment est-ce que je construis mon image de femme ? Comment est-ce que je considère mon corps, mes envies, mes désirs ?

Je pense que le désir est une des facettes les moins évidentes à gérer dans le couple. D’abord parce qu’il touche à l’intimité, on n’arrive pas forcément à en parler à ses amis de la même manière qu’on pourrait parler de nos autres problèmes de couple, et ensuite parce que le désir de l’un ne se reflète que dans le désir de l’autre. Je ne sais pas s’il est possible d’arriver à s’entendre sur l’intensité du désir dans un couple non-exclusif. Alors quand c’est le cas, comment est-ce qu’on agit sur ça ? Si une des deux personnes est plus désirante que l’autre à un moment donné, comment est-ce qu’on peut gérer les attentes et les envies de l’un et de l’autre, sans que l’un se sente frustré, sans que l’autre se sente abusé ? Lorsque l’on ne voit pas souvent, en général ça va à peu près (je ne prend là en compte que les personnes qui n’ont pas vécu de traumatisme lié à la sexualité, parce que c’est mon cas), mais quand on partage un quotidien, est-ce qu’on peut avoir un désir quotidien pour un autre qu’on voit tous les jours ? Je pense que le désir s’estompe forcément avec l’habitude, et si le désir diminue dans le regard de l’autre, comment est-ce que moi je me considère ?

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Souffrance

Un cœur qui remonte dans la trachée

Une âme blessée d’un passé revenu

Un présent à nouveau perdu

Mots sentiments ressentiments entassés

Je purge ma peine au fond des erreurs

Que je n’ai pas commises

Tout arrêter assimiler ma peur

Prendre le temps d’être indécise

Mon âme vomit

Je cuve ma souffrance

Mon cœur languit

Je souffre sans nuance

5 jours à Granada, ou comment j’ai ressuscité…

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Sortir de Madrid après 4 mois passés dans la capitale, à ne partir que pour un jour, à être tout le temps en train de courir après le métro et le temps, à respirer l’air pollué, ça été comme un grand rayon de soleil en plein dans ma face. En propre comme en figuré, parce que Granada, c’est le sud de l’Espagne, là où le soleil brille même en plein hiver. Avant de partir, j’avais passé deux semaines horribles, à être angoissée tout le temps pour tout et pour rien, à faire des crises d’angoisse dans le métro ou en cours, à être stressée ou nerveuse tout le temps pour tout et pour rien. J’angoissais donc également du départ, craignant l’inconnu et l’éloignement de mon petit train-train.

Mais le matin du départ, la tête au fond des fesses, mon sac sur le dos, je rejoins le point de départ en métro le sourire aux lèvres. Je suis surexcitée, et malgré le départ matinal et le manque de sommeil, je suis pleine d’énergie. Ça fait du bien après deux semaines à ruminer pour tout et pour rien. Je pars en covoiturage, cinq dans une voiture, les sacs sur les genoux, je m’abreuve des paysages qui défilent. Difficile de communiquer en espagnol avec le bruit de la voiture et les accents andalous de mes compagnons de route, mais l’ambiance est chaleureuse. Une fois arrivée, je ne suis pas déçue : le soleil brille tellement qu’on enlève les manteaux et les écharpes, et l’héritage maure de la ville me dépayse complètement. Petit thé dans une tetería sur les pentes de la vieille ville, je suis dans l’ambiance. L’amie qui nous héberge nous rejoint et nous grimpons jusqu’à chez elle, tout en haut de la Albaicín, le plus beau quartier de Granada, sans aucun doutes. D’en haut, on ne soupçonnerait pas que c’est une grande ville, tant les rues sont étroites, toutes pavées de petits cailloux, tant les maisons sont basses, tant l’ambiance est calme et apaisée. Nous mangeons quelques crudités avant de ressortir découvrir la ville de nuit. Il y a une foule de petits points de vue où on peut admirer la Alhambra et la ville, et les touristes sont partis à cette heure tardive.

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Après une nuit à dormir du sommeil du juste, nous partons nous promener dans les rues du centre ville, investies de toutes parts par les touristes en ce jour férié en Espagne. Nous nous baladons sur les quais du río Darro, el paseo de los tristes, ainsi nommé car c’est le chemin qu’empruntaient les gens pour se rendre au cimetière. De l’autre côté de la rivière, des artistes divers et variés exposent leurs toiles, et les touristes se détendent sur les terrasses des nombreux petits cafés qui peuplent la rue. Mais nous quittons déjà le centre et la foule pour profiter des jardins de la Alhambra, vêtus des couleurs de l’automne en ce mois de décembre. Pique-nique, nous profitons. Le soleil chauffe, le calme des jardins est apaisant, et la vue est magnifique, comme partout dans cette ville où j’ai appris à conjuguer les verbes « monter » et « descendre ». Une fois redescendues, nous nous retrouvons au cœur de la ville, sur la plaza nueva assiégée de monde. Nous réussissons à nous glisser parmi la masse pour découvrir une batukada de femmes à l’énergie folle. Je quitte déjà mes amies d’un jour pour rejoindre mon cousin et des ami-e-s à lui. Nous grimpons de nouveau dans la Albaicín pour boire un café à la tombée de la nuit. Nous sommes en terrasse, nous sommes bien. Nouvelles rencontres, sourire.

Mon cousin a rendez-vous, il s’en va, je reste un moment auprès de ses ami-e-s nous partons profiter d’un point de vue près du café. Une des filles qui m’accompagne me raconte que ses parents ses sont connus à Granada, et que c’est à ce point de vue qu’ils ont passé leurs premières soirées, sur un banc à manger des pipas, la soirée traditionnelle d’un grenadin sans le sous. C’est vrai que l’endroit a une charge romantique très forte. Une fois redescendue, je retrouve mes amies, et nous partons manger des tapas. 2 euros le verre et l’assiette de tapas, que rêver de mieux ? Nous voguons de bar en bar, Granada est le paradis des végétariens, je me régale de nems, de nouilles, de mini-crêpes fourrées. Au bout d’un moment, la fatigue n’aidant pas, je ne comprend plus les discussions, la musique et le bruit dans le bar empli de monde m’empêchent de saisir les mots. Nous nous réfugions, accompagnées d’autres amis, dans une tetería pour finir la soirée, où on mange un hummus exquis en buvant des thés aux noms aussi incongrus que « amor prohibido » ou « anti-estrés ».

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Nous nous levons tôt le jour d’après, nous avons rendez-vous avec l’oncle de mon amie qui nous emmène dans la Sierra Nevada. Encore une fois, je suis dépaysée. Après une heure de route, nous arrivons dans un petit village aux rues toutes plus étroites et pentues les unes que les autres, perché à quelques 1500 mètres d’altitude. L’architecture des maisons est typique, toits plats et murs recouverts de chaux. Des maisons blanches qui font presque mal aux yeux avec le soleil. Sur les toits, les gens étendent leur linge, disposent une table et des chaises. Ça me change de ma Savoie natale, où les maisons en bois et en pierre ont des couvre-chefs pentus. Nous mangeons en terrasse, je découvre une des spécialités andalouses, les patatas a los pobres, des patates coupées en rondelles et cuites avec des oignons et des œufs. Et évidemment, je prend un gazpacho en entrée, mon pêché mignon, et en cette saison hivernale, les restaurants de Madrid ne le servent plus. Nous faisons un dernier tour dans le village et c’est déjà l’heure de repartir. Je m’endors dans la voiture quelques minutes avant d’arriver, le retour à la réalité est difficile. Nous rentrons dans notre petite maison temporaire, et après un café, nous repartons nous balader. Nous profitons du calme du début de soirée pour acheter quelques bibelots dans les petites boutiques des pentes qui flamboient de mille couleurs et attirent l’œil. Nous atterrissons ensuite dans un bar génial, où un pianiste joue dans une ambiance paisible et où tous les tapas sont végétariens.

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Le dimanche matin, nous nous levons tôt pour pouvoir entrer dans la cathédrale, qui ouvre ses portes gratuitement pour la messe. Nous découvrons ensuite les rues étroites de ce qui ressemble à un marché couvert, mais à ciel ouvert. Les bibelots sont les mêmes partout, mais on ne s’en lasse pas. Chichas, sacs en cuirs, lampions, bijoux en argent, bonnets et gants en laine… Après cette promenade matinale, nous allons prendre le petit déjeuner dans un café végétalien, je prends le petit déjeuner typique andalou, pain recouvert de tomates râpées et huile d’olive. Une vraie découverte, c’est frais et ça ne pèse pas sur l’estomac comme la confiture. Je prend aussi du fromage végétal, c’est bizarre mais pas mauvais. Le ventre rempli, nous grimpons jusqu’à la Alhambra, l’oncle de mon amie nous a dégoté des entrées gratuites. A partir de là, on rentre dans un autre univers. L’Alcazaba, les palais Nasrides, et bien sûr le Generalife et ses jardins. Je me régale, en essayant de faire abstraction des groupes de touristes, très pesant. Tout le monde mitraille de photos, il faut faire la queue pour admirer telle ou telle vue. Mais la Alhambra est si grandiose que j’en oublie vite les petits désagréments. Nous rentrons chez notre amie pour la dernière soirée, nous pensons sortir et finalement nous restons dans l’appartement où des amis nous rejoignent. Nous rions, nous jouons aux fléchettes, l’ambiance est agréable, les gens adorables. Je ne suis pas mécontente que ce soit la dernière nuit dans mon sofa de fortune, mais je suis nostalgique de devoir déjà quitter cette ville si belle et si riche de rencontres, de découvertes et de paysages.

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Je suis rentrée hier, gorgée d’énergie et de motivation. Les voyages ouvrent l’esprit, et ils libèrent aussi le cœur lorsqu’il devient trop lourd. La vie est de nouveau belle, et j’ai déjà soif de mon prochain départ. Dans 9 jours …

Puente, fiesta y tutti quanti…

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Voilà 5 jours que je n’ai rien posté, mais j’ai une bonne surprise : j’ai environ 200 photos qui attendent sagement d’être postées et des pages et des pages remplies sur mon carnet, qui n’attendent que d’être lues par vos yeux ébahis.

En Espagne, le vendredi 6 décembre est férié, alors je me suis offert un joli week-end, de jeudi à aujourd’hui. Je ne vous en dis pas plus, mais promis demain je met ça en forme et je vous raconte tout.

Lundi matin…

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Y’a des lundis matin comme ça… Non, y’a pas DES lundis matin, y’a LES lundis matin.

On entend le réveil, on se lève difficilement, on ose espérer qu’après une douche ça ira mieux, mais non, une fois douchée et habillée, on a toujours les yeux qui collent, toujours cette flemme du dimanche qui s’accroche à nous, le lit qui nous appelle, le corps qui nous tiraille.

On a beau se motiver, agir, avancer dans le boulot à faire, le lundi matin s’accroche à nous comme une mauvaise grippe, comme si l’inconscient – pas fou lui – savait bien que lundi rimait avec premier jour de la semaine, premier jour d’une longue semaine de boulot en perspective, premier jour d’une longue série de réveils qui sonnent toujours trop tôt et de matins difficiles.

Le soleil qui brille ne suffit pas à nous mettre de bonne humeur, on se dit que cet hiver qui ne fait que commencer est déjà trop long et qu’on passerait bien quelques mois à hiberner sous la couette, à se gaver de nourriture trop grasse dont le corps se délecte pour lutter contre l’air glacé du dehors, à s’abreuver de tous les bouquins qui s’empilent sur les étagères et qu’on a jamais le temps de lire à cause du temps qui nous glisse entre les mains, à rencontrer le paradis dans les bras d’une Chouquette dont la distance ne fait qu’attiser le désir…

Mais nos vies modernes ne connaissent pas le rythme ralenti de l’hiver, pourtant si naturel aux animaux et aux plantes, le moindre ralentissement sonne comme un échec dans nos existences qui ne connaissent pas le répit.

Alors on se botte le cul et on se ressert un café en rêvant d’un monde sans lundis matin…